Scandale du Watergate (1972-1974) : une fumisterie

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Nombre de gens savent depuis longtemps qu’il y a plus derrière l’affaire du Watergate que nous en a raconté la presse. Plusieurs livres à succès l’ont suggéré au cours des ans, même si j’imagine que ces livres servaient à détourner l’attention de la vérité. Ils sont biaisés, et probablement l’œuvre des mêmes types qui ont écrit le scénario du Watergate.

Dans tous cas, pour orienter l’information là où vous voulez, il faut quand-même fournir de l’information, alors pour découvrir la vérité, tout ce que quelqu’un comme moi a à faire est de débobiner l’information. Vu que c’est aussi facile que de défaire un nœud de dizaines de cintres, la plupart des gens ne vont pas très loin.

 

Mais comme j’ai le temps et la patience pour ce genre de choses – ainsi qu’un talent naturel pour voir à travers les murs – j’ai tendance à réussir là où d’autres ont échoué. Cela aide que je fasse mes recherches en solo. Je peux suivre mon instinct sans que personne n’interfère… Toutes les informations dont je me servirai sont disponibles sur internet et ne sont pas vraiment contestées. Il n’y a pas de recherche purement originale et je ne reprends pas des théories farfelues…

 

J’ai lu le livre Silent Coup pour la 1ère fois quand il est sorti en 1992. J’avais 29 ans et ne connaissais pas le Watergate dans les détails à l’époque – ce sur quoi les auteurs de ce genre de livres comptent. Ce livre fait porter le chapeau à John Dean [conseiller juridique de la MaisonBlanche sous Nixon] une fois de plus (la théorie ‘acceptée’ depuis le départ), dénonçant également Alexander Haig [chef de cabinet de la Maison-Blanche 1973-1974] comme étant [l’informateur] Deep Throat [‘gorge profonde’ – celui qui alerta sur l’affaire].

 

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Depuis, on a prouvé que cette dénonciation était erronée, vu que William Mark Felt admit être Deep Throat en 2008. C’est devenu le récit officiel depuis. Je vais montrer que les deux versions sont fausses : ni Haig ni Felt n’étaient Deep Throat. Bien que je me doutais que Silent Coup cherchait à détourner l’attention, je ne savais pas de qui ou de quoi. Je n’avais pas une vue d’ensemble suffisante jusqu’à récemment.

Mais au moins ce livre mit dans ma tête l’idée que l’histoire officielle était un conte de fées. Il y a quelque chose de plus derrière le Watergate dont les officiels ne parlent pas. Le principal indice pour moi dans ce foutoir était disponible dans Silent Coup et autres livres sur l’affaire.

 

En résumé, on est censé croire que Nixon gardait ses enregistrements sur cassettes à la Maison-Blanche [le bureau ovale du Président étant filmé en permanence]. On est censé croire que Nixon s’espionnait lui-même. Vu que ce n’est pas crédible, quelqu’un d’autre devait l’espionner. Un autre Président que lui a-t-il gardé des enregistrements de ses conversations privées ? Non. Pourquoi le feraient-ils ?

 

C’est comme produire des preuves à charge contre soi quand ce n’est vraiment pas nécessaire. Cela n’a aucun sens d’où qu’on observe les faits, et ça m’étonne que les gens soient tombés dans le panneau. Et même s’il avait bien fait ces enregistrements, il les aurait détruits au tout début de l’enquête.

 

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Il n’y a pas moyen que ces enregistrements aient survécu pour pouvoir être gentiment remis au Congrès ou à n’importe quel organisme en charge de l’enquête, assignation à comparaître ou pas. On est censé croire que Rosemary Woods était dans un bureau, effaçant méticuleusement des bouts de conversations ici ou là, mais alors pourquoi ne pas tout jeter dans un incinérateur ? Cela prend quoi, 5 minutes ?

Une fois que l’on a compris ça, on a une clé qui nous permet de comprendre le complot. On doit se poser la question de qui disposait des ressources et capacités d’espionner le bureau de Nixon. Seulement deux organismes viennent à l’esprit : le FBI et la CIA. Vu l’état des choses, on doit tout de suite suspecter la CIA.

 

Un autre indice que l’on ne considère généralement pas est l’enquête de la CIA par le Congrès après le Watergate. L’enquête la plus importante de l’époque s’appelait l’audition du Comité Church, mais il y eut d’autres auditions avant et après sur le même sujet : la CIA et son emprise généralisée.

 

Vu que d’après l’histoire officielle la CIA n’était pas au cœur du Watergate, on devrait se demander pourquoi le Congrès jugea nécessaire d’enquêter sur la CIA au milieu des années 1970. On me dira que c’était à cause de Seymour Hersh révélant les dessous des programmes tels que CHAOS et autres dans le New York Times en 1974, mais il se trouve que cela aussi ne servait qu’à détourner l’attention.

 

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Bien que son article concernait les « bijoux de famille » de la CIA et fut vendu comme un scoop sensationnel, Hersh ne révéla des informations que sur d’anciennes opérations secrètes à l’étranger ainsi que de la collecte domestique d’information sur les opposants à la guerre. Bien que beaucoup pensaient à l’époque (et encore aujourd’hui) que c’était une fuite énorme, ce n’était pas le cas.

C’était de la limitation de dégâts. Bien que le citoyen moyen n’en connaissait probablement pas l’étendue, il savait que la CIA était impliquée dans des opérations secrètes à l’étranger. C’était l’objectif de la CIA après tout. En  dehors de ça la plupart des gens se moquaient de l’Iran, du Chili, de Mossadegh, ou d’Allende.

 

Pour les Américains, l’essentiel était du réchauffé et pas vraiment intéressant. On peut dire la même chose de CHAOS, et de la CIA espionnant les hippies et les pacifistes. La CIA et le FBI et les médias avaient déjà tué le mouvement hippie en 1970, en l’infiltrant et en le sabotant de l’intérieur, idem pour le mouvement d’opposition à la guerre.

 

En 1974, la guerre était presque finie et les gens en avaient marre d’en entendre parler. Admettre que la CIA et le FBI étaient impliqués dans l’espionnage des hippies dans les années 1960 n’impressionnait personne en 1974 à part les hippies eux-mêmes. Probablement 95% de ceux qui lurent les articles de Hersh en 1974 haussèrent simplement les épaules.

 

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C’était ce sur quoi Hersh et ses officiers-traitants comptaient, parce que la fuite avait été organisée à dessein pour détourner l’attention du public de ce qui importait vraiment. Le Congrès n’enquêtait pas sur la CIA début 1974 à cause de CHAOS ou de leurs opérations à l’étranger.

À l’évidence, le Congrès enquêtait sur la CIA en 1974 à cause de ce que la CIA faisait juste avant, en 1972-73, et ces choses étaient bien plus énormes que CHAOS et même le renversement d’Allende. Eh oui. La CIA venait de renverser Nixon lui-même, avec le Watergate comme couverture, et la plupart des membres du Congrès le savaient.

 

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Le Congrès ne pouvait pas admettre qu’il savait, mais il espérait que ceux qui regardaient les événements comprendraient. On n’a jamais compris. Les auteurs de Silent Coup avaient en partie raison : il y a bien eu un coup d’état en 1972-73, mais ce n’était pas un coup d’état organisé par les Joint Chiefs ou le Pentagone.

Ces entités ont peut-être été impliquées, mais elles ne tiraient pas les ficelles. Les acteurs principaux étaient de la CIA, et cela se savait à Washington DC. Ils avaient à la fois le mobile et la capacité, et les preuves pointent vers eux.

 

En fait, les auteurs de Silent Coup ont dû faire des pieds et des mains pour maintenir la CIA hors de leur théorie. En regardant en arrière, on dirait le genre de manœuvres auxquelles Noam Chomsky se livre pour essayer de garder la CIA en dehors de ses théories sur « la fabrique du consentement. »

Richard Helms [directeur de la CIA 1966-1973] est pratiquement absent de Silent Coup. On vous éloigne constamment de lui pour vous rapporcher de Haig, Dean, Halderman, Erlichman, et le Pentagone. Cette omission révèle plus sur le livre que quoi que ce soit d’autre. Dans tous les livres et enquêtes que j’ai pu voir, le Watergate n’est jamais mis dans un contexte historique adéquat.

 

Quand un contexte est présenté, c’est fait de manière rapide et illogique. Tous les faits fondamentaux sont passés sous le manteau ou biaisés, et seuls les détails mineurs sont véritablement inspectés. Par exemple, un autre fait qui est toujours omis ou biaisé est la mort bien pratique de J. Edgar Hoover [1 er directeur du FBI 1935-1972] en mai 1972. Hoover régnait sur le FBI depuis 1924 [6ème directeur du Bureau d’Investigation 1924-1935], et il avait seulement 76 ans en 1972 – et n’était pas connu pour avoir une santé chancelante.

Il est censé être mort d’une crise cardiaque, dans son sommeil, mais il n’avait jamais eu de problèmes de cœur ni d’attaques par le passé. Hoover était un fidèle allié de Nixon et détestait la CIA.

 

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Vu que cette affaire ressemble à une lutte de territoire entre la CIA et le FBI, il est étonnant que personne n’ait jamais songé à enquêter avec cette idée en tête. On sait que le FBI et la CIA étaient à couteaux tirés depuis des décennies (1947 [année de la création de la CIA], vraiment) et que depuis 1968 la guerre était déclarée de facto. Hoover rompit les liens avec la CIA en 1970, et c’est un fait connu. Si vous allez à la page Ouiki de Richard Helm, vous trouverez des dizaines de références à la 4 guerre entre la CIA et le FBI au début des années 1970. Cette page seule est un livre à part entière, et on pourrait arriver à ma théorie rien qu’à partir d’elle (on verra comment plus bas).

 

Nixon n’aimait pas la CIA et – avec Hoover – essaya de rediriger ses tâches soit au FBI soit un réseau de renseignement de Nixon lui-même centré sur le NSC. Silent Coup admet que c’était le cœur du problème, vu que le livre passe beaucoup de temps à montrer comment le Pentagone avait été agacé par la main lourde de Kissinger dans sa gestion des affaires étrangères et militaires. Vous ne pouvez probablement pas nommer le Ministre de la Défense sous Nixon, vu qu’il était dans l’ombre de Kissinger. C’était Melvin Laird. Mais, bien que c’était un problème, ce n’était pas le Pentagone qui représentait un réel danger pour Nixon, c’était la CIA.

 

Le Pentagone ne faisait pas partie de la guerre de territoire aux côté de Kissinger ou Hoover, la CIA l’était. Nixon, Hoover, Kissinger, et la plupart du personnel de Nixon ostracisait à dessein la CIA au début des années 1970, et ils réalisèrent seulement plus tard que ça avait été une erreur monumentale.

 

Il est facile de confirmer cette lecture des faits en regardant la progression de l’histoire depuis. On sait que la CIA était engagée dans cette guerre de territoire parce que :

  •  Hoover est parti en 1972
  • Nixon n’avait plus aucun pouvoir en 1973 et dégagea en 1974
  •  Le FBI connaît la débâcle depuis ce temps-là
  •  La CIA a œuvré de + en + sur le territoire domestique en reprenant des tâches du FBI

 

De plus, la CIA a crû de manière exponentielle depuis le début des années 1970, et elle est maintenant tellement gargantuesque qu’on ne peut pas la peser. Ce n’est plus un éléphant, c’est un blob en croissance continue, dévorant la salle, l’immeuble, la ville, puis le monde. Dans un essai récent, j’ai utilisé des chiffres du gouvernement pour estimer le nombre de membres des Renseignements à plus de 6 millions – soit deux fois plus que les membres des forces armées – et même cette estimation est dans la fourchette basse.

 

Après que la CIA a détruit Nixon et Hoover, elle est passée au comité du Sénat enquêtant sur elle, puis au Sénat lui-même. Le Congrès est également en capilotade depuis la moitié des années 1970 et ce n’est plus désormais qu’une réunion beaucoup trop coûteuse de professeurs émérites payés pour approuver des budgets militaires et d’espionnage. On nous dit que Nixon ne faisait confiance à personne, et ce n’est pas étonnant.

 

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Il regardait l’expansion constante de la CIA qu’il ne put empêcher, et il regardait ce nouveau monde hi-tech dans lequel son propre bureau pouvait être espionné sans qu’il soit au courant. Il regardait un monde hi-tech dans lequel la CIA possède des pistolets causant des crises cardiaques, possiblement testés dans la vraie vie, notamment sur son pote J.

Edgar Hoover. La CIA amena l’un de ces pistolets au Sénat en 1975, admettant son existence, ce n’est donc pas une théorie du complot. C’est enregistré en vidéo et visible sur le net.

 

 

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Voilà Frank Church et John Tower, le premier tenant le pistolet causant des crises cardiaques. Le Comité Church tirait son nom du Sénateur éponyme. Church perdit sa campagne de réélection et mourut trois ans plus tard, à 59 ans.

C’est aussi la raison pour laquelle [le Président Lyndon] Johnson ne s’est pas présenté pour la réélection en 1968. Il savait déjà à l’époque qu’il n’était pas de taille face aux Renseignements. Johnson n’aimait pas être le pion de forces plus grandes que lui, et il ne voulait pas finir comme Nixon plus tard. Nixon savait à quoi il s’attaquait, mais il n’en mesurait pas la portée.

 

Il croyait par erreur pouvoir manœuvrer autour de la CIA, comme on peut le voir lors des deux premières années de son mandat. Mais il était un mauvais joueur d’échecs avec trop peu de bonnes pièces sur le plateau. Hoover était sa reine, et une fois sa reine perdue, il était pour ainsi dire échec et mat.

Il était entouré de cavaliers, fous, et tours de la CIA et ne pouvait s’enfuir nulle part. En dehors de cette guerre de territoire, Nixon creusa sa propre tombe en ne soutenant pas à fond la guerre du Vietnam. Il entra en fonction en pensant que la guerre allait durer cinq ans de plus, mais il commença à infléchir sa position pour satisfaire le public et le Congrès au bout de deux ans seulement.

 

Cela nous amène au deuxième fait essentiel occulté par les livres sur le Watergate : l’abrogation de la Résolution sur le Golfe du Tonkin en janvier 1971, que Nixon signa. C’était une action courageuse du Congrès, une des plus braves de notre époque, et Nixon fut blâmé non seulement pour avoir permis qu’elle passe, mais aussi pour l’avoir soutenue et signée.

Cela ôtait l’approbation du Congrès pour la guerre et enlevait au Pentagone toute autorité pour continuer le combat. Cela mena aussi inexorablement à d’autres actions audacieuses de la part du Congrès, y compris la Loi sur les Pouvoirs de Guerre [War Powers Act] de 1973 qui renversa temporairement la mainmise de l’exécutif sur la politique étrangère.

 

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Ces choses-là étaient beaucoup plus fondamentales concernant l’histoire des USA et les événements de cette époque ; et comparé à elles le Watergate n’était pas grand-chose. Mais si vous regardez la 6 quantité d’articles de presse générée, il n’y a pas photo. Tout le monde connaît le Watergate, mais presque personne le connaît l’abrogation de la Résolution sur le Golfe du Tonkin.

De ce point de vue, le Watergate était une diversion. Son objectif était double : se débarrasser de Nixon et détourner l’attention du public d’événements plus importants. Ce fut un succès retentissant. Un autre problème pour les familles riches investies dans l’armement fut la détente initiée par Nixon avec la Russie et la Chine en 1972.

 

Non seulement Nixon n’arrivait pas à faire durer la guerre du Vietnam, mais en plus il cherchait la paix avec la Chine et la Russie. La détente sonnait le glas de la Guerre Froide, ce qui signifiait la fin de l’utilisation de cette dernière comme excuse pour construire encore plus d’armes toujours plus modernes. De plusieurs façons, Nixon agissait à l’encontre des intérêts de ceux qui détenaient réellement le pouvoir. En résumé, Nixon commit l’erreur fatale de chercher la paix pour une économie basée sur les dépenses de « défenses. »

 

Même Obama l’a admis récemment, quand il a déclaré à Bill O’Reilly sur Fox News que Nixon avait été un président plus libéral que lui-même. Malheureusement, c’est très vrai et ce n’est pas seulement dû à la création de l’Agence de Protection de l’Environnement par Nixon. Bien qu’Obama e eu le prix Nobel de la paix, il n’a rien fait pour la promouvoir, tout au contraire. À l’évidence a bien retenu la leçon enseignée par le Watergate : faites ce qu’on vous dit !

 

En bref, la CIA voyait bien que Nixon ne pouvait pas contrôler l’opinion publique ou le Congrès, et ne pouvait pas ou voulait pas promouvoir une économie de guerre à fond, alors elle a dû intervenir. En 1972, ils se débarrassèrent de Hoover. En 1974, ils se débarrassèrent de Nixon. Et à partir de 1976, ils s’étaient débarrassés du Congrès. Vous voyez, le Watergate n’était pas un complot de Nixon, c’était un complot contre Nixon. Nixon a été incriminé par la CIA.

 

Il n’avait aucune raison d’espionner ou de cambrioler le siège des démocrates. Au cours de l’élection de 1972, Nixon affrontait George McGovern, qui au final ne gagna qu’un seul état. C’était la marge la plus large de l’histoire, pire que la défaire de Mondale face à Reagan en 1984. Nixon gagna avec plus de 23 points d’écart. Reagan gagna avec 18 points d’écart… [Nixon n’a jamais douté qu’il allait gagner l’élection de 1972. Même si son sabotage avait probablement déjà été décidé, cela ne pouvait pas avoir lieu en 1972, ils ne pouvaient pas réduire l’écart existant.]

 

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C’était plus facile de le saboter à l’aide d’une petite opération sous faux drapeaux. La CIA cambriola le QG des démocrates et fit porter le chapeau à Nixon (on verra les preuves plus loin). Ensuite ils espionnèrent le bureau de Nixon alors qu’il parlait de dissimuler l’affaire entière, et voilà !

Le Congrès, fier de ses récents succès, trépignait à l’idée de s’attaquer au Président et accepta n’importe quoi qu’on lui présenta au cours de l’enquête, sans chercher à creuser. Le Congrès voulait la peau de Nixon autant que la CIA, ne réalisant pas qu’ils étaient les suivants sur la liste.

 

Nixon a pu penser qu’il pourrait éviter la CIA sur certains aspects de sa politique, mais au moins il savait à quoi il était confronté. Après tout, il avait été mis en place avec leur aide, et il devait le savoir. Mais nombre de membres du Congrès semblent ne pas avoir été au courant des fonctionnements cachés du gouvernement dont ils étaient la façade.

C’est la seule façon d’expliquer leur abrogation de la Résolution du Golfe du Tonkin en 1971. Ce fut la cheville ouvrière que déclencha tout le reste, et si le Congrès avait été conscient de la véritable nature des choses, ils n’auraient jamais osé voter cette abrogation. De ce point de vue, le Comité Church était plus l’idée de la CIA que du Sénat.

 

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La CIA avait besoin que le Congrès prenne conscience de la nature des choses, les laissant deviner qui tenait vraiment les ficelles du pouvoir. Les auditions n’étaient donc qu’un briefing élargi du Congrès par la CIA. Si vous étudier les minutes de près, je pense que vous en arriverez à la même conclusion.

C’est pour cela que le pistolet causant des crises cardiaques a été montré au Congrès, parmi d’autres choses. Croyez-moi, le Congrès a compris le message, et il n’a plus été le même depuis. C’est pour ça que je ne fais plus l’effort d’écrire à mon représentant, ou que je ne les blâme plus pour quoi que ce soit.

 

Ils ont les mains liées depuis longtemps, et faire baisser leur côte de popularité est une perte de temps. Ils ne sont plus qu’un leurre. Ce qui nous ramène à Gorge Profonde. J’ai dit que ni Haig ni Felt n’était Gorge Profonde. Qui l’était alors ? Personne. Gorge Profonde est une autre diversion, un autre leurre. Pour accepter l’idée de Gorge Profonde, vous devez supposer que quelqu’un est nécessaire pour transporter des messages de ceux qui ont l’information vers la presse.

 

Mais bien sûr le Comité Church a montré que ce n’est pas le cas. Dans des dépositions au Congrès en 1975-76, la CIA a admis qu’elle contrôlait de vastes parties des médias depuis le début des années 1950. En 1972, la CIA avait des gens dans des postes élevés dans la presse, alors aucune source confidentielle n’était nécessaire. Ben Bradlee au Washington Post était soit de la CIA soit un actif de la CIA [voir Deborah Davis, Katharine the Great], il n’y avait donc pas besoin de RV dans des parkings obscurs ni où que ce soit. Bradlee n’avait pas besoin que Woodward ou Bernstein lui disent quoi que ce soit. Ces types étaient juste des leurres.

 

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La CIA transmet ses infos directement au rédacteur en chef, du coup les reporters ne sont que des pions, mis en place pour détourner l’attention des lecteurs naïfs. Deborah Davis a dénoncé Woodward comme un agent, et il a probablement fait de sales coups pour la CIA, mais quant à rencontrer des sources en secret, c’est de la foutaise hollywoodienne.

 

Bradlee a pu recevoir les coups de fil concernant le Watergate depuis Helms où l’un de ses sous-fifres – ça n’a pas d’importance. Ce qui importe c’est que les coups de fil venaient de Langley [siège de la CIA]. On peut voir du coup que les Papiers du Pentagon [à propos de l’implication politique et militaire des États-Unis dans la guerre du Viêt Nam de 1945 à 1971] n’étaient qu’une diversion de plus et de la limitation de dégâts. Tout ce que vous avez à faire c’est de suivre le timing.

 

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Ils sortirent en 1971, quelques mois après que le Congrès eut abrogé la Résolution du Golfe du Tonkin. En février 1971, la guerre du Vietnam aurait dû être finie. Une fois la résolution abrogée, la guerre était de facto illégale. Elle avait toujours été illégale et non déclarée, mais une fois que le Congrès avait ôté son approbation, la guerre n’était plus tenable. Alors le gouvernement devait empêcher le peuple de réaliser cet état de fait.

 

Il souhaitait continuer la guerre quelques années, qu’elle soit légale ou pas, et pour ça il fallait que l’abrogation ne fasse pas les gros titres des journaux. En fait, le Congrès cotait d’autres lois importantes cette année-là, bien qu’on ne s’en rendrait pas compte en étudiant l’histoire. Par exemple, allez à la page Ouiki du 92ème Congrès. Notez qu’aucune législation n’est listée jusqu’au 18 décembre 1971.

 

Allez à la section intitulée « législation majeur. » Le premier élément date du 18 décembre 1971 mais le Congrès a commencé son année le 3 janvier 1971. Ouiki vous dit en gros qu’aucune législation majeure n’a eu lieu en 1971 en 11 mois et demi, presque jusqu’à Noël ? L’abrogation de la Résolution du Golfe du Tonkin a eu lieu le 14 janvier 1971. Pas une législation majeure ?

 

L’amendement révisé Cooper-Church a été appliqué le 5 janvier 1971 et lui aussi restreignait l’intervention au Vietnam. Pas une législation majeure ? Au-delà de ça, le 23 avril 1971, un demi-million de manifestants ont marché sur Washington DC, et des milliers de vétérans ont jeté leurs médailles. En mai, plus de 12.000 personnes furent arrêtées pendant des manifestations d’opposition à la guerre. Les Papiers du Pentagone furent publiés pour focaliser l’attention hors des affaires courantes et sur l’administration Johnson.

 

La chronologie des Papiers du Pentagone s’étirait essentiellement entre 8 1955 et 1964, alors ils vous détournaient des événements dans le présent. En plus, Johnson est le bouc émissaire dans les Papiers du Pentagone, ce qui est bizarre en soi. Selon cette chronologie, Johnson est responsable seulement pour 1964, bien évidemment. Posez-vous la question de savoir pourquoi Kennedy n’est pas blâmé plus dans ces documents.

 

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Les Papiers du Pentagone œuvrent aussi en faveur de la guerre, l’expliquant comme une mesure d’endiguement de la Chine. Curieusement, ils absolvent la guerre sur plusieurs points. Là encore, on voit de la limitation de dégâts, pas une fuite légitime. On peut arriver à cette conclusion du procédé de publication. C’est le New York Times qui le premier parla des Papiers du Pentagone, en plus de Ben Bradlee au WaPo.

Vu qu’on a appris du Comité Church que la CIA « possédait » les deux journaux, on devrait immédiatement douter des Papiers du Pentagone et de Daniel Ellsberg. Rappelez-vous, Ellsberg était lui-même un agent, avec une « habilitation très haute sécurité. » Il a travaillé des années pour la RAND Corporation, une branche importante des renseignements militaires.

 

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Et pourtant on nous le vendait comme un héros du mouvement pacifiste. Vous devez être bien naïf pour accepter Ellsberg comme un héros du mouvement pacifiste. Ce mouvement a toujours été trop crédule, ce qui a causé sa perte. Il a été infiltré encore et encore par des agents tels qu’Ellsberg, et ils n’ont jamais vraiment été dénoncés comme tel. Ellsberg continue à être présenter comme un pacifiste et continue à infiltrer des mouvements antigouvernementaux.

Pour d’autres preuves de cela, on voit que des accusations contre Ellsberg ont été abandonnées en 1973, après que le gouvernement affirma avoir perdu les enregistrements d’écoutes téléphoniques sur sa personne. Bien sûr ! Ce n’est pas crédible vu que si ce qu’on nous dit d’Ellsberg était vrai et qu’il avait bien fait fuiter des informations, il aurait été jugé et condamné en conséquence.

 

Quand le gouvernement veut faire un procès à quelqu’un, ils ne laissent pas des détails ou des vices potentiels entraver leur procédure. Si des preuves se perdent, ils les fabriquent à nouveau. Si la vérité ne suffit pas pour faire condamner, ils mentent. S’ils n’ont pas condamné Ellsberg, c’est parce qu’ils ne voulaient pas le condamner. Il était de leur côté, il obéissait aux ordres.

Il faisait partie de l’opposition contrôlée. Comme je l’ai dit, la guerre aurait dû se terminer dès janvier 1971, mais à cause de ce contrôle de l’opposition, les premières pages des journaux détournèrent l’attention vers les Papiers du Pentagone puis le Watergate. Alors que tout le monde discutait de ces choses-là, la guerre continua pendant encore 4 ans.

 

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Le Congrès continuait à autoriser qu’un milliard de $ annuels partent vers le Sud Vietnam encore en 1974, et cet argent ne partait pas à la reconstruction des infrastructures. La plupart revenait aux USA sous la forme de contrats de défense. Alors pourquoi le Congrès continua-t-il à financer la guerre après l’abrogation de la Résolution du Golfe du Tonkin ? Parce que la CIA les avait déjà effrayés. La CIA n’avait pas seulement piétiné Hoover et Nixon en 1972, elle avait aussi piétiné le Congrès.

Le Comité Church de 1975 était la toute fin de la bataille entre la CIA et le Congrès, mais ce dernier perdait depuis 1972, comme tout le monde d’ailleurs. En 1973, le Congrès continuait à se battre contre le Président et était passé outre le veto de Nixon sur la Loi sur les Pouvoirs de Guerre. Mais même à ce moment, le Congrès ne faisait qu’approuver les budgets militaire et d’espionnage.

 

Ils pouvaient voter des résolutions, mais ils n’avaient pas le courage d’arrêter les flux de financement. Ils auraient eu besoin d’une forte majorité d’électeurs derrière eux pour faire ça, et, du fait du contrôle de la presse par la CIA, ça n’est jamais arrivé. Bien qu’il y ait eu de fortes manifestations contre la guerre du Vietnam jusqu’au bout, le public n’a jamais réalisé l’étendue de la mainmise de la CIA dans les années 1970.

La plupart ne la réalise toujours pas. Pour d’autres preuves de la manipulation de l’histoire, étudiez la terminologie utilisée à ce moment et de nos jours. En 1973, la législation s’appelait ‘Loi sur les Pouvoirs de Guerre.’ Maintenant elle a été reléguée au niveau de ‘Résolution sur les Pouvoirs de Guerre.’

 

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En 1984, le NYT l’appelait encore ‘la Loi sur les Pouvoirs de Guerre de 1973.’ Quand a-t-elle changé de statut, et par qui ? On devrait supposer que c’est le fait de la CIA, et la raison en est qu’il faut vous faire croire que cette législation était non contraignante. Les lois sont toujours contraignantes, pas les résolutions. Bien que la Loi sur les Pouvoirs de Guerre a le statut de loi, ce que personne ne nie, lui donner le titre de ‘résolution’ est un biais…

 

Revenons au Watergate. Allons sur la page Ouiki de Richard Helms pour constater à quel point il est facile d’obtenir des informations utiles des sources officielles. Notez que sa bio a 812 notes de bas de page et 50 sous-sections. Imprimées cela ferait ~40 pages. Comparez à ses prédécesseurs, les Directeurs du Renseignement Central John McCone et William Raborn, dont les pages Ouiki font deux pages.

 

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Quelqu’un fait tout pour faire passer un message. Helms était l’un des fondateurs de la CIA, étant membre de l’OSS avant 1947, et faisant partie de la CIA depuis sa naissance cette année-là. On nous dit que Helms était sceptique quant à l’utilité des opérations clandestines. Bien sûr.

C’est comme dire que le manager des Yankees [équipe de baseball] est sceptique quant à l’utilité du lancer de balle. C’est intéressant parce qu’il est le seul directeur de la CIA à avoir été condamné pour avoir menti au Congrès. Il était contre les opérations clandestines mais pas contre mentir au Congrès.

 

Mentir au Congrès n’est-ce pas déjà une opération clandestine ? Pour avoir menti quant au renversement d’Allende, Helms fut condamné à du sursis et une amende de 2.000$. C’est à peu près la même chose que si votre chien fait ses besoins dans Central Park. La CIA n’a pas montré son pistolet causant des crises cardiaques sans arrière-pensées. Le grand-père d’Helms, Gates McGarrah, était un banquier international réputé, alors ne me dites pas qu’il n’y a pas de liens entre les banquiers et la CIA…

 

En 1941, Helms se porta volontaire dans la Marine, recevant une formation d’officier à Harvard. Quoi ? Une formation d’officier à Harvard ? Depuis quand Harvard est-elle une académie militaire ? Vu que l’on sait qu’il a fini à l’OSS, sa formation à Harvard était évidemment dans les Renseignements.

La question reste posée : « Depuis quand Harvard est-elle une académie militaire ? » La réponse : presque depuis le début… En 1946, Helms était déjà chef du contre-espionnage en Europe, faisant de lui l’un des plus hauts placés de l’OSS à 33 ans.

 

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Il dirigea le tri des scientifiques allemands à rapatrier aux USA. En 1951, il était Chef des Renseignements Étrangers, avec seules 2-3 personnes au-dessus de lui. À cette époque, la CIA s’était déjà arrogé des pouvoirs étendus et mal définis, en sorte qu’elle ne faisait allégeance à personne en particulier. Ouiki l’explique ainsi :

 

Plus tard, la loi sur la CIA de 1949 fournit une méthode permanente et apparemment légale par laquelle la CIA pouvait exercer sur le terrain ses capacités pour les opérations secrètes récemment acquises. Elle fut votée en vitesse par le Congrès, un soutien remarquant à l’époque, « moins on parle de cette loi, mieux ce sera pour nous tous. »

Le Congrès conféra à l’Agence les pouvoirs les plus étendus imaginables… La CIA était seulement interdite de se comporter comme une police secrète à l’intérieur des USA. La loi arrogeait à l’Agence la capacité de faire pratiquement tout ce qu’elle voulait, tant que le Congrès fournissait l’argent sous forme d’un budget annuel.

L’approbation su budget secret par un petit sous-comité des services armés fut comprise par les gens dans le secret comme constituant une autorisation légale (blanc-seing) pour toutes les opérations secrètes…

Si c’est secret, c’est légal, Richard Nixon dit [plus tard]. La CIA avait désormais carte blanche : des fonds secrets – de l’argent intraçable masqué par des éléments falsifiés dans le budget du Pentagone – signifiaient une licence illimitée.

 

Vous voyez donc, la CIA n’avait pas vraiment besoin de passer devant le Congrès avec des pistolets provoquant des crises cardiaques. J’imagine que menacer des Sénateurs n’était pas considéré comme une « opération clandestine. » C’était juste business as usual.

Cela marquait le début de la fin pour n’importe quelle forme de République Constitutionnelle aux USA. Ils nous disent qu’Eisenhower nous a prévenus en 1959, mais même son avertissement n’était qu’un leurre. Il dit de faire attention au « complexe militaro-industriel. » C’est vague. Les militaires et l’industrie sont là depuis la guerre d’indépendance.

 

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Ce que l’on n’a pas eu c’est une CIA avec des pouvoirs illimités et ne rendant des comptes à personne. Parfois la CIA travaille pour les militaires, parfois ce n’est pas le cas. Parfois elle travaille pour les banquiers, parfois pour les politiciens, parfois pour les Rockefeller, les aidant à vendre leur art.

Etonnamment, la bio d’Helms confirme cette lecture. Robert Lovett & David Bruce écrivirent un rapport pour Eisenhower en 1956, s’alarmant des pouvoirs qu’exhiba la CIA lors du renversement de Mossadegh en Iran. Les auteurs arguèrent que la CIA était trop puissante et proposèrent une intervention extérieure. Mais il était déjà trop tard.

 

La CIA était déjà trop puissante en 1956 pour Eisenhower, Hoover, et le Congrès mis ensemble. Parce qu’elle était contrôlée par des mains cachées, elle était née trop puissante. Même en 1947 attaquer la CIA revenait à attaquer un fantôme. La bio d’Helms révèle également des indices du destin de Joseph McCarthy [la chasse aux « sorcières » / communistes].

Bien que la chute de McCarthy en 1954 soit généralement attribuée à la presse ou à l’action du Congrès, c’est en vérité la CIA qui a eu sa peau. McCarthy commit l’erreur de s’attaquer à la CIA. Il dit à [Allen] Dulles « que la CIA n’était ni sacrée ni immunisée contre les enquêtes. »

 

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La page Ouiki d’Helms admet que Dulles, le Directeur de la CIA, ordonna Angleton de disséminer de la désinformation quant à McCarthy, et de lancer une opération secrète contre lui « en remuant la boue. » On peut voir que cette opération incluait des récits fabriqués insérés dans la presse à laquelle la CIA avait un accès direct.

Le rapport de Murrow, See it Now, en mars 1954 était l’un de ces rapports écrit et dirigé à l’instigation de Dulles. Murrow avait lui-même été dans l’OSS, et avait toujours été un allié des Renseignements. En 1953 Helms commença à diriger de sombres projets complètement illégaux, y compris MKUltra, Bluebird, Artichoke, et autres, utilisant diverses drogues dans le but de laver les cerveaux et de les contrôler.

 

 

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L’affaire du « pain maudit » à Pont-Saint-Esprit durant l’été 1951

 

Et tant pis pour son « opposition » aux opérations clandestines. En réponse à la question de savoir pourquoi les Renseignements étaient impliqués dans ce genre de projets, Helms et d’autres répondirent : « les Russes l’ont fait en premier. » Même si c’est vrai, ce n’est pas vraiment une réponse. C’est également Helms qui ordonna la destruction de la plupart de la documentation de ces projets secrets en 1972 – à l’époque du Watergate.

 

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Bien que Seymour Hersh nous ait donné le peu d’informations que nous avons sur eux en 1974, ce n’est pas grandchose. Vu que ses articles étaient de la limitation de dégâts, on peut supposer que la vérité est encore cachée et est plus sombre que ce qui a été révélé, et que les projets n’ont jamais réellement pris fin.

On nous a dit plus tard qu’une CIA contrite a cessé ses pires excès après les auditions du Comité Church, mais on sait que ce n’est pas vrai. George Bush, Sr., dit à la presse que la CIA n’était plus impliquée dans ces méfaits du passé, mais personne de plus de 6 ans n’y a cru.

 

La CIA n’a pas réduit ses effectifs après 1976, ses budgets n’ont pas été coupés, elle n’a pas été soumise à une quelconque supervision, et elle n’a pas mis un terme à ses opérations clandestines, légales ou illégales. En fait, elle a même accéléré son expansion. Ses succès fracassants des années 1970, y compris le Watergate, la convainquirent qu’il n’y avait plus aucune limite. Non seulement elle avait fait tomber Nixon presque sans effort, elle n’avait plus à se soucier d’Hoover.

 

Ce dernier avait été le dernier contrepoids de la CIA pendant des décennies, vu que ses 3 pouvoirs étaient presque équivalents. Avec sa mort, il n’y avait plus rien pour empêcher la CIA de s’étendre verticalement et horizontalement. Marrant, non ? Nixon et Hoover, passant pour les gentils pour une fois. Je ne dis pas qu’ils étaient les gentils, mais leurs efforts pour contrôler la CIA sont tout à leur crédit. Cependant, ils n’avaient aucune chance face à la CIA. Le véritable coup d’état n’a pas eu lieu en 1972.

 

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Il est arrivé des décennies plus tôt, et les dés furent jetés avant la fin de la 2ème guerre mondiale. Enfin nous arrivons au Watergate dans la bio d’Helms, et le premier truc qui saute aux yeux est ceci : Parmi ceux qui furent initialement arrêtés (les « plombiers ») on trouvait d’anciens employés de la CIA.

Des anciens employés de la CIA. Les seuls anciens employés de la CIA sont les employés morts. On trouve aussi ceci :

 

Il devint bientôt apparent, cependant, qu’il était « impossible de prouver quoi que ce soit à un corps de presse enflammé et déjà en alerte alors que des fuites quotidiennes à la presse continuait à indiquer la CIA. » Seulement plus tard Helms en conclut que « les fuites venaient directement de la Maison-Blanche et que le Président Nixon manipulait personnellement les efforts de l’administration pour contenir ce scandale. »

 

Bien sûr. Les indications qu’il s’agissait de la CIA venaient de Nixon ? Non. C’est ce qu’on appelle une inversion. La vérité est que les indications qu’il s’agissait de Nixon venaient de la CIA. Nixon la haïssait, comme on l’a déjà montré, alors pourquoi se serait-il servi d’agents de la CIA pour son équipe de cambrioleurs ?

La première personne à laquelle il faut s’intéresser est John Paisley, « l’agent de liaison de la CIA » parmi les cambrioleurs de la Maison-Blanche. Le Comité du Sénat sur le Watergate passa complètement à côté de Paisley, et Ouiki admet que le lien avec la CIA n’a jamais fait le fruit d’une enquête. On apprend également :

 

Une investigation « conclut que la retraite [de Paisley en 1947] était un mensonge et la CIA avait dissimulé la vérité en faisant passer Paisley pour un analyste de bas niveau alors qu’il était en fait impliqué dans de nombreuses opérations clandestines de haut vol.

 

On nous dit que Paisley finit mort, flottant dans la Baie de Chesapeake en 1978. Bien qu’il ait reçu plusieurs balles et que le corps ait été attaché et lesté avec des poids de plongée, sa mort fut déclarée un suicide. Tous les médecins-légistes travaillent-ils pour les Renseignements ? Probablement.

Il y a une forte possibilité que la mort de Paisley a été montée de toutes pièces. Le meilleur moyen de mettre un terme à une mission qui a échoué est de falsifier les morts et de transférer les individus concernés. Les plombiers du Watergate Eugenio Martinez, James McCord, Bernard Barker, Frank Sturgis, et G. Gordon Liddy furent également liés à la CIA. Certains furent appelés des ex-recrues de l’Agence, mais tous ont simplement été embauchés, soit au contrat soit de manière permanente.

 

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E. Howard Hunt était également CIA comme admis par tout le monde. Hunt fut chef de station pour Mexico City en 1950, où il supervisa William F. Buckley, Jr [journaliste américain]. Je dis ce genre de choses aux gens et ils me regardent comme si je l’inventais, mais si sur Ouiki, la source publique la plus insipide et falsifiée qui soit.

Hunt dit également au Comité du Sénat sur le Watergate qu’il était de la CIA, et avait été Chef des Opérations Clandestines dans la Division des Opérations Domestiques. Avant le Watergate, une de ses missions à long terme (1962-1966) concernait la « manipulation des informations et des organismes d’édition. »

 

En dépit de ça, le Comité continua à ignorer ses liens avec la CIA. Pour expliquer ceci, on nous dit que Hunt prit sa retraite « après avoir perdu ses illusions » quant à la CIA en 1970. Mais dans la phrase suivante sur Ouiki, ils admettent que Hunt alla immédiatement travailler pour la société Robert R. Mullen, qui était une façade de la CIA.

Haldeman lui-même admit que c’était une société de la CIA, et cette information vient là encore de Ouiki. Hunt travaillait toujours pour la société quand il fut embauché en 1971 par Charles Colson pour prendre la tête de l’Unité des Investigations Spéciales du Président. Quand donc a-til pris sa retraite exactement ?

 

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Pouvez-vous travailler pour une société façade de la CIA et prendre votre retraite de la CIA en même temps ? J’imagine qu’il a su passer outre « la perte de ses illusions » après quelques verres. Cela prouve ma thèse, sans aller plus loin. Hunt organisa le cambriolage du Watergate et fut condamné pour cela. Il passa presque trois ans en prison de ce fait (qu’ils nous disent). Il était à la CIA à l’époque, ayant été embauché directement depuis une façade de l’Agence. Ergo, la CIA a organisé le cambriolage du Watergate.

C’est peut-être pour ça qu’ils n’ont pas payé attention au témoignage de Charles Colson en juin 1974, qui confirme bien ce que je dis. Colson était Conseiller Spécial de Nixon depuis 1968. Il témoigna devant le Congrès en juin que la CIA était derrière le Watergate, pas Nixon. Il dit entre autres choses :

 

La CIA plutôt que les plombiers de la Maison-Blanche planifia le cambriolage du Watergate et du bureau du psychiatre Daniel Ellsberg. Je peux dévoiler le fait qu’il existait un complot massif monté par la CIA et qu’ils furent responsables des divers musèlements au cours de l’enquête.

La CIA bénéficie d’une influence étendue au sein des médias d’information (en particulier le NYT, le WaPo, et le Los Angeles Times) ainsi que de nombre d’entreprises privées. Je vais vous dire ce qui m’effraie le plus – ils sont absolument partout. Le truc vraiment effrayant est que où que vous alliez, ils sont présents. Si la CIA a infiltré ce pays au point que je pense être, on n’a plus de pays.

 

Colson témoigna encore que Nixon fut très tôt empêché de contre-attaquer contre la CIA par « des gens déloyaux de son entourage, » nommant Kissinger, Buzhardt et Haig comme des « hommes de la CIA » impliqués. Cela fut rapporté tout d’abord par le Star-News de Washington le 23 juin, puis repris de manière confuse par le WaPo le lendemain, mais tout le monde l’oublie.

Ils oublient parce que, bien que le Congrès comprenait pleinement l’importance du témoignage de Colson, ce témoignage ne collait pas au reste de l’histoire déjà décidée par la CIA, le Congrès, et la presse. Les relais du témoignage de Colson furent par conséquent enterrés et la procédure d’impeachment accélérée encore plus.

 

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À peine cinq semaines plus tard, Nixon était forcé de démissionner. Dans ce laps de temps, la presse reçut l’ordre de ne pas poursuivre sur le témoignage de Colson ou l’implication de la CIA, mais plutôt de se concentrer sur les premiers témoignages des autres intervenants. Dans la presse, le témoignage de Colson – quand il est même mentionné – fut montré comme une tentative désespérée de faire porter la faute ailleurs.

Et, étant donné le fait que Nixon et ses hommes attendirent si longtemps pour contre-attaquer de manière crédible, il fut facile de biaiser le témoignage de Colson. Ce témoignage reste enterré à ce jour. Il n’est pas mentionné sur Ouiki ou n’importe quelle autre source publique.

 

La seule chose qui est dite du témoignage de Colson devant le Congrès en juin 1974 est qu’il fut condamné pour obstruction de justice pour avoir diffamé Daniel Ellsberg avant le procès. Bien sûr. Cela veut juste dire qu’il fut condamné pour avoir essayé de dire la vérité sur Ellsberg. De plus, ils n’ont jamais prouvé qu’il mentait à propos d’Ellsberg, ce qui signifie qu’ils n’auraient pas pu prouver la diffamation, ce qui signifie qu’ils ne pouvaient pas avoir utilisé la diffamation pour expliquer la condamnation pour obstruction de la justice.

 

Les récits contemporains sont écrits par des gens qui ne connaissent rien au droit. Ceux qui en savent quelque chose peuvent voir que Colson a été mis hors touche, comme Nixon… Le rapport minoritaire Baker au Sénat pointa également la CIA du doigt, et Colson dit « qu’il souleva un grand nombre de questions » à propos de la gestion du Watergate par la CIA. C’est ce rapport Baker qui contenait le fait que Mullen Co., où Hunt travailla, était une façade de la CIA, entre autres éléments. Malheureusement, la CIA avait classifié des informations dans ce rapport du Sénat, et cette classification empêcha qu’il soit relaté dans la presse avant juillet 1974.

 

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Mais certaines choses étaient connues, y compris le fait que Robert Bennett, fils d’un Sénateur d’alors et Président de Mullen Co., était un agent de la CIA. Cela fut rapporté par Jack Anderson dans une colonne du 25 juin. Bennett admit sous serment qu’il rapportait tout ce qu’il faisait pendant le Watergate à la CIA. Mullen admit lui sous serment que Hunt avait été placé à la Mullen Co. par Helms lui-même.

 

Le rapport Baker nous apprend aussi que c’est Bennett qui coordonna les plombiers. Le rapport Baker fut publié au final, mais trop tard pour être utile. On trouve qu’il « documentait comment la CIA aurait pu être au courant en avance des cambriolages et du Fielding et du Watergate. Et il donnait plusieurs cas dans lesquels la CIA avait couvert son implication et sa connaissance d’une dissimulation de l’affaire, y compris la destruction délibérée par Richard Helms des propres enregistrements sur cassettes de la CIA en janvier 1973. » [Emery, Fred. Watergate. p. 441]

 

Notez que la CIA détruit des preuves à charge mais Nixon n’a pas la présence d’esprit de faire de même. Et que la CIA n’est pas punie pour l’avoir fait. Un témoignage d’Ehrlichman indique la même implication de la CIA. Le 30 mai 1973, Ehrlichman témoigna que le Directeur Adjoint de la CIA, Cushman, l’appela en 1971 pour lui dire que Hunt était en mission pour l’Agence.

Cushman ne révéla pas en quoi cette mission consistait mais sous-entendit que la CIA y mettait fin dû à un conflit d’intérêt. Les événements postérieurs indiquent que la mission de Hunt n’a pas pris fin : le coup de fil était une diversion, pour faire croire à la Maison-Blanche que la CIA avait rompu les liens avec Hunt.

 

En toute probabilité, la Maison-Blanche avait ses doutes et le coup de fil était là pour les dissiper. Ehrlichman indique qu’il est tombé dans le panneau. Le FBI en arriva à la même conclusion quant à la CIA se trouvant derrière le Watergate. Dans un témoignage au Sénat le 3 août 1973, le Directeur du FBI L. Patrick Gray admit que sa première impression du Watergate était qu’il s’agissait d’une opération clandestine de la CIA.

Avant qu’il fut éloigné de l’enquête, il déclara que le FBI avait trouvé des preuves de fonds émanant de la CIA, y compris ceux menant au plombier Bernard Barker. Comme les autres plombiers, Frank Sturgis fut blanchi de liens avec la CIA par la Commission Rockefeller qui trouva que Sturgis n’avait aucune connexion avec la CIA, soit avant soit après 1963. Sachant ce que l’on sait, on peut se poiler.

 

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Ces résultats nous en disent plus sur la Commission Rockefeller que sur Sturgis. Pour enterrer le témoignage de Colson et le rapport Baker, la CIA fuita exprès une histoire dans la presse, en juillet 1974, à propos du Western Hemisphere Flap, concernant un ex-agent ivre qui avait tout balancé aux Soviétiques. Le NYT publia plusieurs articles par la suite et des corrections pour que le public en redemande.

 

Ce faux récit détourna avec succès l’attention de l’implication de la CIA dans le Watergate. On a vu que Colson essaya de dénoncer Kissinger comme une taupe de la CIA en juin 1974, sans façon. Cette dénonciation est-elle crédible ? Absolument. De rapports du FBI on apprend que Kissinger est celui qui lança l’espionnage « interne » dans l’exécutif, ayant « ordonné la mise sur écoute et la surveillance de 17 officiels du gouvernement, des reporters, et ses propres assistants dès 1969. »

 

Ce fait est extraordinaire au vu des événements subséquents, mais il n’est jamais remis dans le contexte. Si Kissinger espionnait les bureaux de ses propres assistants, qu’est ce qui l’empêchait d’espionner le bureau du grand chef ? Il n’a bien sûr pas posé les micros lui-même, il « l’a ordonné. » Ordonné par qui ?

 

Pas par le FBI, vu que ce sont eux qui le dénoncent. Ils n’auraient pas vendu la mèche sur eux-mêmes. Qui d’autre était capable de mettre la MaisonBlanche sur écoute ? La CIA. Et Kissinger leur fournit l’accès. Maintenant, si la CIA a mis au point le Watergate, et si la CIA était en pleine guerre de territoire avec le FBI et Nixon, on devrait s’intéresser à la possibilité que la CIA a fait porter le chapeau à Nixon, non ?

 

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Ils avaient le mobile, la capacité, et Hunt, leur agent, fut même condamné pour le crime. Pourquoi cette idée n’est-elle jamais étudiée ? On doit supposer que c’est parce que la CIA contrôle le récit depuis le départ. Vous savez ce que la CIA veut que vous sachiez. Ils imaginent que vous n’êtes pas assez intelligent pour remettre les pièces du puzzle en place, alors ils pensent pouvoir vous dire tout ce qu’ils veulent vu qu’ils n’arrangent pas les pièces pour vous.

 

J’en suis venu à croire qu’ils ont atteint le niveau où ils ne font que jouer à un jeu. Ils sont tellement fascinés par la crédulité et la stupidité de tout le monde que maintenant ils nous testent en mettant la vérité en face de nos yeux, pour voir s’il y a encore des gens qui arrivent à penser correctement par eux-mêmes… Ils n’ont plus besoin de se cacher derrière des sociétés façades et des hommes de paille car personne n’a plus d’esprit critique…

 

Source : Miles Mathis

 

Traduction : JoyeusesPsyOps

 

Pour voir d’autres scénarios fabriqués de ce genre :

https://canularisme.wordpress.com/liste-de-faux/

 

 

 

 

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